Mondays Are Fridays
Jean-Kenta Gauthier Vaugirard
4 rue de la Procession 75015 Paris
Vernissage: samedi 24 janvier, 16-19h
* Conversation publique à 17h30 [RSVP à info@jeankentagauthier.com]
Horaires: mercredi - samedi, 14h - 19h
Présentée dans les deux espaces de la galerie, l’exposition inaugurale Mondays Are Fridays [Les lundis sont des vendredis] de Coco Capitán rassemble peintures sur toiles et sur voiles de bateaux, photographies, poèmes, dessins, sculptures et publications. Née en 1992 à Séville, « ayant dû paradoxalement travailler pour la commande afin de financer [ses] études en beaux-arts » à Londres où elle vit aujourd'hui, Coco Capitán fut très tôt invitée à infuser ses recherches personnelles dans ses travaux de commande, établissant une continuité manifeste dans sa pratique entre expérimentation et application. À travers des références intimes convoquant la navigation, l'enfance, le sport ou le rêve, Mondays Are Fridays parcourt une œuvre où le détournement des signes, l’humour, la mélancolie, un sens aigu de l’aphorisme sont autant de manières de tenir bon.
À JKG Vaugirard, l’exposition embrasse la diversité des techniques témoignant d’une artiste dont « la pratique, ces dernières années, s’est faite de plus en plus complexe et interdépendante » (Simon Baker, « Coco Capitán: de l’autre côté… », Busy Living, Loose Joints, 2019).
Convoquant la peinture, le dessin et l’art de la formule, Imagination Investments (2025) singe la communication visuelle d’établissements financiers - ici la banque ING et son emblématique lion - et nous rappelle qu’il faut rêver. Ou qu’il faut respirer, comme dans Breathable Air, Inc. (2020), un document dessiné comme une image photographique.
Depuis 2022, l’artiste a étendu sa pratique picturale à celle sur voile de bateau. Quasi alter ego, la figure du « marin perdu » surgit dans de nombreuses œuvres. Imaginez-le peintre, en mer et à court de toile: ses voiles sont son salut. Coco Capitán réutilise des voiles usagées qu’elle découpe et coud afin d’obtenir le format et la forme désirée. Elle les choisit en premier lieu pour les éléments iconographiques ou textuels qu’elles arborent. Depuis plusieurs années, elle a conçu un alphabet personnel mêlant chiffres et lettres, ainsi le chiffre « 72 » cousu sur une voile lui apparut comme « TS » permettant de former « 72UN4M1 / TSUNAMI ». C’est encore « SYNESTHESIA » qu’elle écrit « 5YN357H3514 » — les chiffres sont souvent renversés, tels 3/E ou 4/A, ce qui n’est pas rare chez les personnes dyslexiques. Nous sommes familiers des numéronymes, lorsque des mots abritent des chiffres pour le son qu’ils produisent — « k7 », « 2main » — mais chez Capitán, l’association n’est pas sonore, elle est purement visuelle. Ainsi à l’horizon peut-elle lire « L4CRIMO54 » et identifier Le Lacrimosa (2025), un voilier qui navigue dans l’océan de ses larmes, dont l’artiste présente une version réduite sous forme de maquette.
Le rêve d’une vie sur l’eau est le point de départ de la série Naïvy in 50 (Definitive) Photographs (2022), projet au long cours imaginant un univers nautique peuplé de ces marins perdus. Ces photographies sont une ode à la fragilité de la liberté, à la nostalgie de la jeunesse, et en les associant à leurs titres manuscrits, Coco Capitán crée à chaque fois un court poème visuel. Il en va de même pour les Polaroids, dont PTSD (2022) qui rappelle que durant sa jeunesse l’artiste avait une pratique intensive de la natation synchronisée, ou encore Candela's Blue Dream (2022) pour sa petite sœur qui rêve comme le pourrait l’actrice Cate Blanchett (A Catalogue of Skies To Choose From And Dream Of, 2025).
Coco Capitán appose ainsi sa graphie idiosyncrasique sur une multitude de supports, de la voile monumentale au carton de correspondance, du carnet intime au bloc-note d’hôtel. Ses textes sont souvent des aphorismes, des poèmes déguisés en notes quotidiennes. À ce jour, cette pratique a été consacrée par deux livres, If You’ve Seen It All, Close Your Eyes (2019) et Words on Paper (2025).