The Sun Eater

25 avril - 25 juillet

Jean-Kenta Gauthier Vaugirard 
4 rue de la Procession 75015 Paris


Vernissage: samedi 25 avril, 17h-20h
Conversation publique: samedi 23 mai avec Gioia Del Molin at Jean-Kenta Gauthier Vaugirard — [RSVP à info@jeankentagauthier.com]


Horaires: mercredi - samedi, 14h - 19h

Avec The Sun Eater, présentée à la galerie de Vaugirard, Jean-Kenta Gauthier poursuit son étude des commencements de l’œuvre de l’artiste suisse Hannah Villiger (1951-1997), après l’exposition All the Lonely Things My Hands Have Done, présentée l’an passé à la galerie d’Odéon et déjà réalisée en collaboration avec The Estate of Hannah Villiger.

Articulée autour d’œuvres sur papier de grand format dévoilées pour la première fois au public, The Sun Eater rassemble des travaux tous réalisés entre 1976 et 1978, au cours de la période italienne de Hannah Villiger. Arrivée à Rome en novembre 1974 à l’âge de 23 ans, où elle réside à l’Istituto Svizzero jusqu’à l’été 1976, Hannah Villiger prolonge son séjour à Rome, puis à Montefalco en Ombrie, jusqu’en septembre 1977, lorsqu’elle déménage à Bâle, tout en continuant de multiplier, jusqu’en 1978, les voyages à Montefalco.

« Ce séjour à Rome est décisif pour la pratique artistique de Hannah Villiger », écrit Gioia Dal Molin, commissaire de l’exposition Hannah Villiger: Works/Sculptural à l’Istituto Svizzero à Rome en 2021. Avant Rome, Villiger avait étudié à l’École des arts appliqués de Lucerne sous la houlette du sculpteur suisse Anton Egloff, puis avait passé plusieurs mois aux États-Unis et au Canada, où ses premières œuvres établissaient des liens manifestes avec le Land Art et l’Arte Povera.

Rome libère l’artiste du carcan protestant suisse : ses œuvres regorgent d’énergie vitale, de références musicales — à l’instar de paroles de chansons de Bob Dylan recouvrant toute une grande feuille — ; ce sont aussi les débuts d’une relation intense et conflictuelle avec sa compagne rencontrée en 1975. Cette même année, Hannah Villiger produit de larges objets sculpturaux éphémères constitués de végétaux provenant du jardin de l’Istituto Svizzero et prenant la forme de lances — motifs qui peuplent également ses œuvres sur papier. Elle réalise également un triptyque de plumes roses qui s’envolent et prennent feu — à la Villa Maraini de l’Istituto Svizzero à Rome, l’artiste avait déjà incendié des palmes jetées depuis le toit-terrasse. Haut lieu politique et artistique dans les années 1960-70, Rome incarne à la fois la critique de la modernité chez Pier Paolo Pasolini et une recherche de formes premières et matérielles qui traverse l’Arte Povera, dont l’installation des chevaux de Jannis Kounellis en 1969 à la galerie L’Attico offre une image saisissante.

Perméable à ces influences, Hannah Villiger réalise, dans ses ateliers ou appartements à Rome et à Montefalco, une œuvre intime, ponctuée d’interrogations personnelles et de références à la nature. L’atelier et l’isolement qu’il impose semblent constituer un élément central et annoncent déjà le huis clos qui sera le cadre de l’œuvre sculpturale et photographique à venir, dès 1980, lorsque l’adoption du Polaroid et l’irruption de la maladie consacrent le corps de l’artiste comme sujet quasi exclusif jusqu’à son décès prématuré en 1997, à l’âge de 45 ans.

Les œuvres sur papier s’accompagnent également d’un diaporama offrant de nombreux extraits issus de quatorze carnets tenus par Hannah Villiger autour de ces mêmes années, prélevés parmi les cinquante et un carnets réalisés entre 1970 et sa mort, aujourd’hui conservés dans les archives de la The Estate of Hannah Villiger. Sur l’une des pages figure l’esquisse d’une œuvre que l’artiste réalisera en 1977, à Montefalco, sur une grande feuille : un bikini jaune posé à même le sol, accompagné des mots « Die Sonnenfresserin », « la dévoreuse de soleil ».