Trois fois rien
Vernissage 29 avr 2026
Jean-Kenta Gauthier Odéon
5 rue de l'Ancienne-Comédie 75006 Paris
Vernissage: mercredi 29 avril, 16h-19h
On collectionne habituellement des objets qui se raréfient. Depuis de nombreuses années, Raphaël Dallaporta collectionne des objets qui se multiplient. Il les désigne comme «Oni - Objets non identifiés»; ils ne sont pas «volants», car ils sont glanés au sol dans l'espace public. À Paris, à New York, à Lisbonne, ils se ressemblent tous et ont été patiemment sélectionnés pour leur absence de fonction et leur origine méconnaissable. Parfois colorées et souvent noires, faites de plastique, de caoutchouc ou de métal, ces formes simples sont toutes anthropiques: elles incarnent l'activité humaine et en constituent les rebuts. Elles semblent également obéir à une loi physique troublante à l'instar des «kipple» de Philip K. Dick dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, écrit il y a soixante ans puis adapté au cinéma sous le titre Blade Runner - ces détritus inutiles prolifèrent dès lors qu'on n'y prête plus attention.
Afin de l'exposer pour la première fois, Raphaël Dallaporta réunit sa collection d' «Objets non identifiés» qu'il met en réseau dans une constellation de mobiles. En faisant lentement tourbillonner dans les airs ces légers objets venus d'en bas, il applique un principe qui traverse l'ensemble de son œuvre et qu'il doit à l'astronome danois Tycho Brahe (1546-1601) et à sa devise latine: «Suspiciendo Despicio, Despiciendo Suspicio» — «En regardant en haut, je regarde en bas; en regardant en bas, je regarde en haut». Ce renversement du regard et des valeurs, auquel l'artiste nous invite dans son exposition, s'accompagne d'un merveilleux contrepoint: chaque objet est associé à son image, un photogramme qui s'apparente à son ombre. Ainsi suspendue à l'autre extrémité de la tige souple, l'image agit comme contrepoids, établissant un équilibre qui réanime l'objet laissé pour compte.
Trois fois rien est la septième exposition personnelle de Raphaël Dallaporta à la galerie Jean-Kenta Gauthier.
(Jean-Kenta Gauthier, avril 2026)