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The Submersion of Images

Jean-Kenta Gauthier | Vaugirard

15 octobre 2022 - 21 janvier 2023

Jean-Kenta Gauthier Vaugirard
4, rue de la Procession 75015 Paris

Vernissage: samedi 15 octobre, 14h - 20h
& signature à partir de 18h30 de Nostalgia 3 avec David Horvitz

Horaires:
mercredi - samedi, 14h - 19h


Ce projet porte sur l'effacement. La mémoire. L'oubli. Les données. Les archives. Et cætera. (David Horvitz)


Présentée du 15 octobre 2022 au 21 janvier 2023 à la galerie Jean-Kenta Gauthier / Vaugirard, l’exposition La Submersion des images rassemble toutes les manifestations du projet Nostalgia initié depuis 2018 par David Horvitz (né à Los Angeles, où il vit et travaille actuellement) et dont le titre se réfère au film (nostalgia) réalisé en 1971 par le réalisateur et photographe américain Hollis Frampton (1936-1984). L’exposition est ouverte au public durant 16 380 minutes, entraînant dans la galerie la projection puis l’effacement d’autant de photographies prises par David Horvitz depuis le début des années 2000. L’exposition s’accompagne du livre intitulé Nostalgia 3 publié à l’occasion de l’exposition par Edition Taube (Munich et Zurich) et Gato Negro (Mexico).


« En 2018, dans une culture submergée par les images numériques, quand la capacité d’attention est érodée, j’ai décidé de commencer d’effacer mon archive photographique. Cet effacement est devenu une oeuvre d’art. Je l’ai intitulée Nostalgia », écrit David Horvitz. Le titre de l’exposition « La Submersion des images » résume le constat fait par l’artiste. Dans un monde où s’amassent les images, en majorité d’origine numérique, où le stockage de ces données soulève même des enjeux environnementaux, la destruction de ces photographies est un acte de résistance.

Le titre de l’exposition fait également écho à La Subversion des images, petit ensemble de photographies réalisées à la fin des années 1920 par le surréaliste bruxellois Paul Nougé (1895 - 1967) et dont la dimension onirique et imaginaire semblait briser la banalité du réel. Un siècle plus tard, la révolution technologique a permis une extraordinaire accumulation d’images souvent ordinaires qui, croulant sous le nombre, semblent se noyer entre elles. Un siècle plus tard, David Horvitz retourne la proposition surréaliste et fait de l’effacement de ses images souvent ordinaires un acte disruptif qui brise la banalité de notre usage domestique de la photographie.


Du 15 octobre 2022 au 21 janvier 2023, l’exposition étant ouverte au public durant 16 380 minutes, 16 380 photographies issues de l’archive de David Horvitz sont chacune projetées à grande échelle dans la galerie durant 1 minute avant d’être effacées dans la foulée. « J'ai choisi 1 minute parce que c'est une unité de temps simple. Et même si ce n'est qu'un court instant, notre capacité d'attention est tellement érodée par la culture accélérée que passer une minute à regarder une image, surtout banale, semble très long », précise Horvitz. Chaque photographie est ainsi montrée pour une dernière fois, avec ou sans témoin, et l'archive s'efface lentement. Si l’ultime minute de l’image s’apparente à une cérémonie d’adieu avant la disparition, elle semble le pendant visuel du rituel commun de la minute de silence qui, lui, s’observe cependant après la disparition. Cette insistance de David Horvitz sur l’intensité d’une durée rappelle de nombreux autres projets réalisés au cours de la dernière décennie, à l’instar des affiches qui définissent le rythme d’une horloge (Proposals For Clocks, 2016), ou encore ses horloges digitales qui ralentissent le temps en s’endormant.

Le projet Nostalgia s’accompagne également d’une série de textes rassemblés pour la première fois dans (nostalgia) (Gato Negro, Mexico, 2019), livre d’artiste de David Horvitz dans lequel chaque page présente une phrase courte décrivant une photographie qui a été effacée. Chaque texte, proche d’un poème en prose, s’accompagne d’une date et d’un nom de fichier. À l’occasion de l’exposition La Submersion des images paraît le troisième volume des Nostalgia de David Horvitz, livre rassemblant 300 descriptions de photographies qui, avant le vernissage, n’ont pas encore été effacées. De sorte que le statut même du livre change au cours de l’exposition, passant comme du programme à la mémoire. L’exposition présente ainsi également une sélection de textes collés aux murs, descriptions de photographies qui chacune évoquent les enjeux de la mémoire, de la présence au monde, de la trace de l’artiste, et qui à la fin de l’exposition auront été effacées.


En 1971, le réalisateur et photographe américain Hollis Frampton réalise le film expérimental (nostalgia), un des sept éléments qui constituait son Hapax Legomena ou « (choses) ayant été dit une fois ». Frampton y met en scène une succession de petits tirages argentiques de ses propres photographies qui, chacun visible pendant environ une minute, se consume progressivement sur une plaque de cuisson tandis que des informations relatives à l’image sont narrées par l’artiste canadien Michael Snow. Jouant d’un effet de suspense, Frampton orchestre ainsi la disparition de ses images tout en insistant sur des descriptions qui peuvent aussi rester dans la mémoire du spectateur.

David Horvitz réalise avec son Nostalgia une entreprise similaire. À ceci près qu’une fois ses fichiers effacées, il ne dispose plus d’un éventuel négatif original.

Mais il n’est pas interdit de photographier la projection, et de créer alors dans une autre archive une mémoire des images d’Horvitz.


(Jean-Kenta Gauthier, octobre 2022)

Communiqué de presse